
De l'oppression qui n'a que trop duré est né le 14 mars 1983 sous le ciel gris et trouble de la Mauritanie un mouvement de libération nationale, son nom pique comme une étincelle: les FLAM.
Mouvement multinational luttant pour l'avènement d'une société non raciale, égalitaire et démocratique en Mauritanie. Aventure difficile à l'époque où la question nationale était reléguée par les ténors de l'opposition et du système au second plan pour ne pas dire considérée comme "secondaire". La riposte a été dure et vive, les "terroristes" du verbe ne sont pas allés loin: "des nationalistes étroits" le mot était trouvé pour diaboliser ces "petits nègres" qui ont osé remettre en cause un discours en vogue et s'insurger contre un système qui se consolidait. Mais tel le roseau de la fable qui ploie sous la poussée de la bourrasque sans pour autant se casser notre mouvement continua de résister face aux tempêtes du Système et surmonter les obstacles et de s'aguérrir face aux épreuves.
Et comme disait notre idole et guide éclairé Nelson Mandela: "Nous nous sommes engagés dans la lutte les yeux ouverts, sans nous faire d'illusions ni croire que le chemin serait facile".
Notre organisation politique, les Forces Progressistes du Changement (FPC) d'aujourd'hui, c´est
l´histoire d’une résistance patriotique des plus opiniâtres, celle qui n´a jamais plié, ni dévié, celle qui n’a jamais été récupérée, en dépit des manœuvres et agressions de toutes sortes.
Notre organisation constitue sans conteste, dans l’histoire politique de notre pays, la force politique qui a fait montre de la résistance la plus longue et la plus constante. Je ne crois pas aussi que notre discours de toujours sur le racisme, l´esclavage, les réfugiés,
l´identité du pays , le génocide et l´impunité soit en déphasage avec la réalité du pays. Au contraire il devient de plus en plus audible et plus frappant à l´intérieur comme à l´extérieur. L´actualité du pays avec cette politique chauvine discriminatoire du Général ould Ghazouani vient encore d´une manière éclatante nous conforter dans nos analyses et nos positions. Nous continuons à dénoncer l’injustice dont la communauté négro-mauritanienne est victime mais aussi de toutes les injustices qui touchent notre peuple dans son ensemble.
Nous avons été les premiers à nous insurger contre le dictateur colonel Ould Taya et le système discriminatoire qu’il a solidement bâti et conforté. Cela nous a valu la répression la plus sanglante, la plus cinglante et la plus haineuse jamais enregistrée dans ce pays.
Depuis sa création, notre mouvement s´était fixé entre autres objectifs :
- la résolution de la question nationale,
- la lutte contre l´esclavage et les pratiques féodales,
- l´instauration d´une véritable démocratie en Mauritanie où le fait d´être arabe, noir, haratine, znaga ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. C´est ce paradigme que nous avons rappelé et voulu concrétiser en Mauritanie qui nous a valu la dénonciation, la répression jusqu’à l’élimination physique de ceux que nous comptions de plus chers dans notre mouvement.
A l’époque, cependant il ne s’était pas trouvé suffisamment de bonnes volontés dans les formations politiques concurrentes pour formuler, avec autant
d’exigence que nous, la revendication d’une réelle égalité entre tous les citoyens mauritaniens. Nous avons payé cher notre droit à l´expression.
Nous n´avons pas attendu la « démocratisation » du pays, la libération de la parole ou l´avènement de l´internet pour dire non à cette gestion discriminatoire, à caractère raciste, instaurée dans ce pays. C´est grâce à notre action que l´opinion internationale a découvert le vrai visage du régime mauritanien et
l´apartheid méconnu de notre pays.
C´est grâce à ce mouvement que le monde occidental et africain a découvert aussi le sort des déportés mauritaniens et des esclaves en Mauritanie.
C´est grâce à ce mouvement que le génocide planifié par des franges intolérantes de nationalistes arabes a échoué. C´est grâce à ce mouvement que les tortionnaires et autres génocidaires sont pourchassés et interdits de séjour dans des pays respectueux des droits de l´homme. C´est aussi grâce à l’impact de notre discours clair, cohérent et suivi, que les masses négro-africaines allaient prendre, pour la plupart, conscience de leur oppression. C´est encore grâce à notre encadrement que les déportés ont résisté pendant des années aux chants des sirènes de Nouakchott, et maintenu intacte la tension du retour, jusqu´à la reconnaissance officielle de leur déportation par les nouveaux régimes.
On ne le dira jamais assez, un de nos acquis le plus essentiel, demeure celui d’avoir réussi, surtout, à rompre le mur du silence qui entourait cette politique
ignominieuse de discrimination à caractère raciste et ces pratiques esclavagistes dont sont victimes les populations noires mauritaniennes.
La Mauritanie est un pays secret; nos dirigeants politiques se sont toujours évertués à soustraire à la curiosité internationale les problèmes de fond du
pays, par la dissimulation et les diverses manœuvres mensongères !
Nous avons ainsi, à travers le « Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé » diffusé à l’extérieur, notamment au sommet de l’Union Africaine tenu à Hararé (Zimbabwe) en 1986 montré le vrai visage de la Mauritanie; chose que Ould Taya n’a jamais réussi à digérer !
Aujourd´hui toute la classe politique parle dans son ensemble de l´unité nationale, du retour des déportés, du génocide que certains nomment par "passif humanitaire", chose fort heureuse, alors qu´hier ces sujets étaient tabous et considérés comme "fond de commerce des nationalistes étroits, des ennemis du monde arabe à la solde du sionisme".
L´histoire vient encore une fois de démontrer que seule la vérité est révolutionnaire; nous n´avons jamais failli dans notre mission de combattants de la liberté, de sentinelle du pays, de garde-fous de la démocratie
et d´objecteurs de conscience.
Le régime de Taya et les tenants du Système ont cherché, en vain, par tous les moyens à nous casser, à nous marginaliser, à nous diaboliser. Ils ont essayé par la répression, la corruption, la diffamation mais le socle dur est resté ferme et déterminé, loin de tout opportunisme et amateurisme.
Aucune force politique même les réformistes et révisionnistes ne saurait poser correctement la question nationale et sociale aujourd'hui sans emprunter ou retomber sur le discours "empirique "du mouvement. Pour parler comme Fukayama nous disons encore c'est "la fin du discours" sur ces questions.
Tous ensemble nous aurons encore à mener d'autres combats, nous ne méconnaissons pas pour autant la nécessité de l'unité d'action de l'ensemble des organisations politiques progressistes soucieuses de l'unité nationale et du règlement juste et équitable de la question nationale.
Je ne peux terminer sans faire appel à Jean Jaurès qui disait: "le péril est grand mais il n'est pas invincible, si nous gardons la clarté de l'esprit, la fermeté du vouloir, si nous avons à la fois, l´héroïsme de la patience et l´héroïsme de l'action, la vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir".
Joyeux anniversaire à la grande famille flamiste de toutes les chapelles politiques du pays.
Demain il fera jour et la lutte continue!
Kaaw Touré.