
Des investissements colossaux aux retombées mitigées

Intervenant lors d’un atelier sur le financement de la loi agro-sylvo-pastorale, le ministre a détaillé les contributions significatives de divers partenaires internationaux au développement de l’agriculture sénégalaise. La FAO et le FIDA ont chacune mobilisé plus d’un milliard de dollars pour le pays au cours des vingt dernières années, tandis que la Coopération belge, via l’agence Enabel, a injecté 100 millions d’euros sur les cinq dernières années.
Pourtant, selon Dr Diagne, ces financements n’ont pas produit les effets escomptés en raison d’une gestion sous-optimale. « Avec ces montants, nous aurions pu mettre en place plus de 428 coopératives agricoles communautaires et exploiter plus de 200 hectares de terres agricoles, avec des infrastructures modernes comme des systèmes d’irrigation pivotants, des bassins de rétention et des dispositifs d’irrigation goutte à goutte », a-t-il estimé.
Un appel à une meilleure gestion et à l’implication du secteur privé

Le ministre a insisté sur le fait que le problème ne réside pas dans un manque de financement, mais plutôt dans une allocation inefficace des ressources. Il a cité en exemple les 100 milliards de francs CFA dédiés aux engrais et aux semences, tout en soulignant qu’il n’existe même pas de semences certifiées disponibles. Cette mauvaise distribution des fonds est, selon lui, un frein majeur à l’essor du secteur.
Pour rémédier à cette situation, Dr Diagne a préconisé une refonte du système financier agricole. « Nous devons consolider le secteur bancaire agricole avec une vraie banque de développement, des banquiers et des acteurs bien formés », a-t-il déclaré.
Le ministre a également appelé le secteur privé national à s’investir davantage dans l’agriculture, affirmant que l’autosuffisance alimentaire ne pourra être atteinte sans une participation active des acteurs économiques locaux. « La question n’est pas de savoir si l’argent existe, mais plutôt s’il parvient aux véritables bénéficiaires », a-t-il martelé, soulignant qu’un grand nombre d’institutions de microfinance opèrent sans réelle efficacité.
Vers une modernisation et une gestion rigoureuse des ressources agricoles
Au-delà de la gestion financière, le ministre a identifié plusieurs leviers stratégiques pour accélérer la transformation agricole du Sénégal. Parmi eux, la reconstitution du capital semencier, le développement des infrastructures stratégiques et la promotion de l’élevage familial. Ces axes sont essentiels pour assurer une production agricole durable et renforcer la sécurité alimentaire.Dr Diagne a conclu en insistant sur la nécessité de moderniser l’agriculture et d’optimiser la gestion des ressources financières en fonction des priorités réelles du pays. « Si on ne fait pas cela, on aura beau parler de financement, on va échouer », a-t-il averti.
Cet atelier de deux jours constitue une opportunité pour les parties prenantes de revoir les mécanismes de financement du secteur agricole et de poser les bases d’une approche plus efficace et transparente. Le Sénégal, avec son ambition de souveraineté alimentaire, doit ainsi repenser en profondeur la manière dont il utilise les ressources destinées à l’agriculture pour garantir un avenir alimentaire durable.