
Au vu de tout ce dispositif règlementaire, un journal a pu avoir pignon sur… kiosque, depuis deux ans, paraît-il, et être « sans adresse fixe » et connue de la police. Cette dernière, n’ayant pu retrouver le directeur de publication du « journal fantôme », - mais pas tant que ça - s’est lancée dans une opération de recherche hasardeuse, vexante et, au bout du compte, infructueuse.
Il n’y a pas que l’Etat à questionner dans cette affaire, il y a aussi à interroger sur qui est journaliste, qui est directeur de publication et tant d’autres critères et exigences qui, semble-t-il, trouvent réponse et satisfaction dans les dispositions du Nouveau code de la presse sénégalaise. Le Justin Ndoye, « directeur de publication » du sulfureux L’Exclusif, journal par lequel tout est arrivé, faux nom derrière lequel se cache un ancien collaborateur de Walf, ne nous semble pas satisfaire aux exigences d’un directeur de publication ayant un sens professionnel et des responsabilités à tout point de vue.
Et il y a cet usage du pseudonyme par un journaliste. Un usage au sujet duquel le code de déontologie du journalisme est sans ambages : « le journaliste prend la responsabilité de ses écrits, même anonymes » (Charte des devoirs des journalistes professionnels, Paris 1918). Le recours à un pseudonyme ce n’est pas pour se défausser, ni pour agir en toute impunité et se débiner à la moindre incartade qu’aura provoqué la fausse signature et les écrits en faute. C’est sous ce nom d’emprunt qu’a été écrit un article rapportant des propos du député Farba Ngom révélant la vénalité de patrons de presse à qui la présidence de la République du Sénégal aurai distribué des mallettes d’argent contenant entre 10 et 20 millions de francs.
On ne fait pas une affirmation aussi grave qu’énorme pour se réfugier « courageusement » derrière une fausse identité et sans avoir mal à la conscience professionnelle. Avec les conséquences et désagréments que nous avons endurés.
La troisième considération est que, dans ce Sénégal, un journaliste peut être recherché selon des méthodes applicables aux grands malfaiteurs par un service de police aussi « lourd », aussi redouté, aussi connoté que la Division des investigations criminelles. Avec, pour ainsi dire, un carrousel de véhicules, une escouade d’agents agissant sans mandat (il paraît que cela s’appelle « perquisition illégale ») quoique sur ordre du procureur, les uns en civil avec un look de baye fall.
En un mot comme en cent, et pour revenir et finir sur ce point, l’Etat et les autorités compétentes, de même que les instances de régulation et d’autorégulation de la presse doivent prendre à cœur l’obligation pour les organes de presse de se conformer aux dispositions légales concernant les publications. Afin que la presse ne soit plus un moyen pour régler des comptes et se croire à l’abri des sanctions prévues contre l’imposture et la lâcheté sous couvert d’exercice de la profession de journaliste.
Jean Meïssa DIOP
Post-scriptum : Je voudrais dire un vibrant merci à tous ceux et celles qui m’ont, par téléphone, de vive voix, par message, par autres réseaux sociaux, témoigné soutien, réconfort, encouragement à la suite de l’épreuve qui a été imposée à moi et à ma famille par la police. Ce soutien et ces témoignages émouvants pèsent de tout leur poids sur ma détermination et mes convictions professionnelles et autres. Je vous suis reconnaissant !